| PALESTINE, LA BLESSURE (1)
La conscience déchirée et alourdie de remords d'une Europe sortie de la deuxième guerre mondiale représentait une aubaine pour le mouvement sioniste; le filon est toujours exploité d'ailleurs. Les dirigeants sionistes dont la correspondance avec l'administration hitlérienne est avérée, retournèrent leur veste pour s'attaquer aux vainqueurs, les accusant de complicité tacite ou active dans le massacre des juifs et les culpabilisant. La prise d'otage d'une conscience torturée fut menée de main de maître. L'Europe a désormais deux motifs d'asseoir un Etat juif en Palestine: l'évacuation de la turbulence juive et le payement d'une dette d'honneur. Les Etats-Unis d'Amérique ont, quant à eux, trois raisons, différentes de celles de l'Europe et plus importantes l'une que l'autre, d'appuyer l'Etat sioniste à sa naissance et tout le temps depuis. La première raison est d'ordre confessionnel: l'avènement du royaume de Sion est un dogme commun entre les juifs et les protestants grands lecteurs de la Bible juive. La deuxième est que les pays arabes abritent les gisements de pétrole les plus importants qui soient et qu'il fallait un gardien sûr pour surveiller de près le trésor, le temps qu'une "tempête du désert" se prépare. La raison économique et celle dogmatique sont concrétisées et confortées par une troisième raison, politique celle-là et en prise directe sur les événements: l'existence d'un lobby juif à Washington, soutenu et financé par six millions d'Américains juifs, riche, très puissant, actif et influent. L'aide européenne et américaine que l'Etat juif reçoit est diverse, sans compter la contribution d'une diaspora riche et ardemment sollicitée, le pacte américano-israélien de défense commune et le dédommagement européen se traduisent par un pipe-line ininterrompu d'assistance militaire, financière, technologique, diplomatique, sécuritaire et tout ce qu'on veut.
L'affaire de la Palestine est une série d'épreuves douloureuses, un chemin de souffrances jonché de paysages de désolation: désastre en 1948, fléau en 1956, catastrophe en 1967, calamité en 1973 et bien d'autres revers de fortune tout au long du chemin. Les défaites arabes devant le petit Etat d'Israël ont mis à nu la mortelle dislocation des sociétés arabes et l'ineptie de leurs gouvernements. Elles ont révélé de bien douloureuses vérités: si ce n'est la traîtrise sans nom des hommes au pouvoir qui, en 1948, ont armé leurs soldats avec des fusils qui ne tiraient pas et des munitions avariées, c'est l'absence des généraux égyptiens, trop occupés à leur débauche pour riposter, lors de l'attaque éclair israélienne en 1967. Cette riposte ignorée par un état-major dépravé était peut-être la dernière chance pour l'Egypte de combattre d'égal à égal l'Etat sioniste, car l'oncle Sam allait bientôt faire des siennes. Lorsque l'armée égyptienne, en 1973, repentie avec ses chefs des mots d'ordre nationalistes, proclama son mot de ralliement "Allah Akbar" (Dieu est grand), l'Amérique, protectrice inconditionnelle de Sion, mit en branle un pont aérien à la mesure de sa puissance pour inonder le champ de bataille d'avions et de chars. La protection de l'oncle Sam était encore plus appuyée lorsqu'il opposait son veto au sein de l'Organisation des Nations Unies aux décisions allant à l'encontre des désirs de l'Etat sioniste. Celui-ci, sûr de ses arrières, rejetait à la face du monde les lois votées comme vulgaires chiffons de papier. Enfant gâté de l'Amérique protestante et fervente de mythologie biblique, l'Etat d'Israël et l'appareil formidable de sa propagande -presse, radios, stations de télévision surtout- en Amérique, gonflent à souhait les chiffres des victimes de Hitler et sortent du fonds biblique commun des notions mobilisatrices telles que Exode, Shoah. Le slogan "terre sans peuple pour un peuple sans terre" présente la Palestine comme une terra nullus, terrain vague et héritage perdu et retrouvé du peuple élu. "Terre promise" et récupérée, la Palestine n'est qu'une tête de pont pour une extension au "grand Israël" que les cartes sionistes publiées développent pour englober une grande partie de l'Orient arabe: Jordanie, Syrie, Iraq, Egypte. Israël agit, confiant et sûr de ses alliés. Son allié principal est le profond sentiment de culpabilité développé après le soi-disant Holocauste. Le régime français de Vichy avait trempé, lors de la deuxième guerre mondiale, dans la persécution des juifs; on persuada la France qu'elle avait une dette historique envers le peuple juif. Cette dette devait être réparée à tout prix quitte à écorner les principes démocratiques au nom desquels les droits de l'homme sont défendus. Cette dette, ce sont les Arabes qui la payeront pour le rachat de l'Europe. Non seulement les terres arabes sont occupées et aménagées pour recevoir les juiveries appelées à la terre des ancêtres, mais le mythe même qui fonde la revendication juive est préservé de toute atteinte. La loi Gayssot-Fabius, votée en France et promulguée en 1990, sanctionne sévèrement toute critique du credo politique sioniste: par exemple mettre en doute l'existence ou l'étendue du "Holocauste" est un délit et le dubitateur est poursuivi en justice. Ainsi grâce à la propagande juive, Hitler, l'ennemi du genre humain et l'instigateur d'une guerre qui fit cinquante millions de victimes dont vingt millions de Soviétiques, passera dans l'histoire comme le bourreau des seuls juifs. A Tel-Aviv et à Jérusalem, on rabat doucement les chiffres des victimes pour être crédible; des six millions longtemps chantés et lamentés on retient quatre millions que l'on rogne un peu plus pour les ramener à un million et demi: ce chiffre a été dernièrement et officiellement gravé sur les stèles commémoratives. Gonfler les chiffres des victimes n'ajoute rien à l'horreur du carnage hitlérien; une seule victime innocente, juive ou non, est de trop selon nos convictions islamiques profondes. L'enfant chéri de l'Amérique est aussi un enfant chéri de Hollywood : les fonds juifs de la production cinématographique et les talents juifs du réalisateur se conjuguent pour honorer un Shindler mythique, faisant la sourde oreille aux protestations de sa veuve qui dénonce la falsification des faits. Servie par d'aussi prestigieux avocats, la cause juive est omniprésente dans la conscience du monde pendant que d'autres causes s'en effacent à jamais. Nulle part ne s'élèvent des plaques pour pleurer les soixante millions de Peaux-Rouges exterminés par l'homme blanc, protestant et pionnier américain. Nulle stèle ne commémore le souvenir des cent millions de noirs africains morts parqués dans les cales des bateaux négriers. Les champs de coton en Amérique ne recevaient de ce bétail humain qu'un sur dix, neuf passaient de vie à trépas lors de leur capture ou enchaînés et entassés pour la croisière de plaisance. Qui pense encore à ceux-là? Seul l'Etat juif accapare les attentions et les mémoires!
|