Plus d'articles>> Enfin, un tapis de prière de poche ! Entretien avec Jonathan Jeffrey Aomar, 26 ans, créateur du tapis de prière de poche, Salmane. Impérméable, il mesure la taille d’un passeport. Une fois déplié, il se transforme en tapis de prière. Vendu à 5000 exemplaires par le réseau des mosquées et par les associations, cet objet est disponible depuis début septembre. Selon son créateur, Jonathan Jeffrey Aomar, le tapis de prière de poche se veut pratique, innovant, et au service de la communauté.
Comment est-venue l’idée du tapis de prière de poche ?
Jonathan Jeffrey Aomar : J’ai terminé mes études de design-graphique il y a moins d’un an. J’avais envie d’enchaîner directement avec un parcours entrepreneurial plutôt qu’une agence ou du free-lance (travailleur indépendant, ndrl). A la suite de ça, j’avais déjà dans l’idée de réaliser ce premier projet, celui du tapis de prière de poche. C’est quelque chose qui me plaît particulièrement. J’ai créé le produit de A à Z, j’ai passé un an sur ce projet. J’ai déjà déposé un brevet sur les ensembles techniques, mais le tapis de prière peut encore évolué d’un point de vue technique et esthétique. Il est passé sous la marque Salmane, qui deviendra très prochainement le nom de l’entreprise. Pourquoi Salmane ? Il fallait un nom qui soit parlant, Salmane, l'un des compagnons du prophète, les gens retiennent bien en général. Il était connu pour avoir toujours des idées ingénieuses, des concepts subtils. Cela convient bien à ce type de produit. Un autre point : étant donné que c’est un tapis, et que Salmane c’était un perse... cela renvoit aussi au tapis perse.
Ce projet répond t-il à un besoin personnel ?
J.J.A : Pendant mes études, j’étais en plein Paris, et le vendredi je priais à la mosquée. Il y avait un marché à côté, et je voyais des personnes qui allaient directement là-bas pour récupérer un carton pour prier dessus, parce que dans les mosquées, il n’y a pas suffisamment de places. Il y en avait même qui priait sans carton, directement le front sur la dalle. C’était comme ça pendant tout mon cursus scolaire, alors je me suis dit que fallait peut-être faire quelque chose à ce niveau là. A partir de là, la nécessité est venue de produire un tapis, quelque chose qui ne soit pas trop encombrant et qu’on puisse sortir. Parce que le carton ça va, quand on a un marché à côté, mais quand on en a pas, comment on fait ? Il fallait quelque chose de petit, qu’on puisse transporter. Il existe déjà des tapis qui sont transportables avec des poignets, des cartables... Dans notre contexte européen, contrairement aux pays musulmans, il n’y a pas de mosquées à tous les coins de rue, on a pas toujours la possibilité d’avoir un tapis de prière sur le tableau de bord. L’option de quelque chose de “poche” était donc la meilleure option. Il fallait que ça se mette dans la poche ou dans un sac.
Depuis quand est-il distribué ? J.J.A : Depuis le mois de septembre. Cela fait moins de deux semaines. Presque 10 000 exemplaires ont déjà été fabriqués, dont environ 5000 déjà vendus en Ile-de-France. Le mois prochain, je vais sillonner la France pour en distribuer 5000 dans les mosquées. Ce n’est pas une démarche commerciale “normale”. Je fonctionne essentiellement avec les associations. C’est bien de faire un produit qui peut-être utile pour la communauté. Je propose à l’association d’avoir une partie personnalisée sur l’arrière de la pochette du tapis. Je leur vend moins cher que les commerces, et ensuite je leur propose cette prestation, donc je ne la compte pas, puisqu’il s’agit d’une vente en gros. Après, eux le distribuent assez facilement. Le produit a été bien accueilli aussi bien par les responsables que par les fidèles. Les mosquées le revendent plus cher, au prix public de 5 €, la différence servant à aider la mosquée et ses activités, notamment pour les constructions. On peut également commander sur internet depuis quelques jours. Et peut-être le trouvera t-on plus les tard dans les commerces de proximité, les épiceries. J'y réfléchis.
Quel est votre cible ?J.J.A : Le produit s’adresse à tout le monde. Mais il est vrai que la génération des parents, issus de l’immigration, sont plutôt habitués au confort, ils aiment bien les tapis avec la bonne épaisseur. Le tapis de poche s’adresse plutôt aux jeunes travailleurs et aux étudiants, des adolescents jusqu’aux cadres, de 18 à environ 40 ans. Ce sont des gens qui sont toujours à l’extérieur.
Vous l’utilisez-vous-même ? J.J.A: Oui (rires), je l’ai dans mon sac.... j’ai une poche spéciale.
Quels sont vos autres projets ?
J.J.A : C’est secret ! Je ne peux pas communiquer dessus. Mais j’aimerai réaliser une petite gamme de produits destinés à faciliter la vie aux musulmans, des choses en phase avec le contexte européen, dans cette marque-là. Les musulmans doivent innover dans des choses, à un niveau au dessus, qu’on sorte du tiers-monde, qu’on améliore notre image et qu’on fasse des choses qui soit au niveau de ce qui peut se faire partout, voire mieux. Renseignements au 01.46.72.45.59 ou sur Salmane.fr
Au lycée privé musulman Averroès de Lille : le même bac que les autres, les mêmes rêves Une récréation, un moment de détente ou de prière, pour «ceux qui le souhaitent». APPRENDRE AUTREMENT DANS LA MÉTROPOLE (4) |Depuis la rentrée des onze premiers élèves en 2003, le lycée privé musulman Averroès, à Lille-Sud, a bien grandi : 107 élèves, un taux de 100 % de réussite au bac et depuis juin, un contrat avec l'État qui reconnaît le sérieux de sa pédagogie.
À l'heure de la récré de 15 h 20, c'est comme dans tous les lycées. On pousse les portes des classes, on se précipite dans l'escalier et un doux brouhaha emplit la cour. Les garçons chahutent et se vannent. Les filles papotent. Quelques-unes ne portent pas le voile. « On n'est pas là pour juger », dit Abdessamad dans un haussement d'épaules. « Ici, on fait ce qu'on veut, on le porte ou pas, on n'a pas besoin de se cacher, c'est pour ça, à la base, que le lycée a été créé », renchérit Imen. La jeune fille et ses copines précisent : « On est ici car on peut porter le voile, mais c'est UNE raison seulement. Il y a aussi les 100 % de réussite au bac et les cours d'arabe en option. » Abdessamad est en 1e S et vient de Valenciennes. « J'ai choisi ce lycée car je le trouve très bien pour pratiquer. » Car les élèves d'Averroès, à l'heure de la pause, peuvent se rendre dans la salle de prière de la mosquée. Facile, le lycée, créé en 2003, est abrité à l'étage de cette mosquée. Une proximité qui aide à vivre sa religion. En ce mois de ramadan, « on a des horaires aménagés, ça ne sert à rien d'avoir du temps pour déjeuner », glisse Abdessamad.  Dans ce lycée privé, on suit strictement les programmes de l'Éducation nationale, on passe exactement le même bac que les autres et on a les mêmes rêves, devenir médecin, ingénieur... Le plus, ce sont les valeurs musulmanes portées par l'établissement, comme « la recherche de la perfection, le goût de l'effort, le sens de l'engagement et du partage », précise-t-on. Outre la langue arabe en LV2 et 3 (anglais en LV1), le lycée propose une heure d'éthique musulmane par semaine, en fin de journée. Sophie Mouhalill est professeur d'espagnol au lycée depuis un an... et catholique. « En cours, j'ai abordé les fêtes catholiques en Espagne, cela a été très interactif, les élèves sont très ouverts, c'est ce qui m'a le plus bluffée. » Amel Afejjay enseigne l'histoire-géographie. « En seconde, le programme inclut les trois religions monothéistes. Au premier cours, je dis aux élèves : "je suis historienne, j'ai une mission d'enseignement, les convictions ne doivent pas intervenir." Je découvre toujours des jeunes très curieux et ouverts. » L'ouverture. Le lycée la prône en acceptant les non-musulmans, mais ils sont encore absents à la rentrée. « Laissons du temps au temps , philosophe El Hassane Oufker, directeur. La communauté musulmane met bien ses enfants dans les écoles privées catholiques de Roubaix. Les non-musulmans, pour des raisons de proximité géographique, finiront par venir chez nous. » En juin, le lycée a obtenu un contrat avec l'État. Les salaires des professeurs sont à présent payés par l'Éducation nationale. « C'est aussi une reconnaissance, témoigne cet enseignant. Les profs ici, on était un peu des bêtes curieuses, il y avait des a priori. » Le contrat prouve qu'Averroès est un vrai lycée. • jeudi 18.09.2008, 04:54 - La Voix du Nord
Plus d'articles>> |