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Riyad as-Salihin
La citadelle du musulman

 


 
 
Les filles voilées parlent

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De la parole qui s’exprime dans ce livre, il serait vain de proposer une analyse ou une synthèse, tant cette parole est riche, complexe et diverse. Là où le rouleau compresseur médiatique et la démagogie politique amalgament, généralisent et homogénéisent toutes les situations derrière un idéal-type de « la » femme voilée, ou « du » voile, « symbole d’oppression », nous avons rencontré au contraire des femmes et des adolescentes – quarante-quatre en tout –  toutes différentes les unes des autres : des élèves « brillantes », d’autres moins ; des jeunes femmes de tous âges (de 15 à 45 ans), certaines extraverties, d’autres plus réservées ; des tempéraments « rebelles » et d’autres plus « posés » ; des femmes engagées dans la vie associative, sociale ou politique, d’autres au contraire tentées par le repli sur la famille, l’entourage proche ou la « communauté » ; des optimistes et des pessimistes – et bien d’autres nuances encore... À la diabolisation qui a trop souvent été de mise chez les démagogues qui nous gouvernent et nous informent, ce livre n’oppose pas l’idéalisation, mais l’humanisation : en laissant la parole aux femmes voilées, il leur rend leur humanité, ou plus modestement il leur donne l’occasion de la « manifester ostensiblement » !


Cette humanité, chaque femme ou adolescente la manifeste au moyen de ce qui est justement le propre de l’espèce humaine : sa propre parole. Une parole à la première personne, qui nous éloigne des généralisations plus ou moins pertinentes sur « le voile » et « sa signification », pour nous faire entrevoir, par son contenu autant que par sa tonalité et son style, des personnalités singulières et attachantes. Si la quarantaine de femmes qui s’expriment dans ce livre est représentative de quelque chose, c’est donc avant tout de l’infinie diversité des situations, des parcours et des tempéraments que recouvre l’ensemble des « femmes voilées ». Le livre ne prétend d’ailleurs pas en donner une vision exhaustive, tout simplement parce qu’aucun livre ne peut le faire. Il a donc ceci de « réaliste » qu’il laisse entrevoir l’infinie diversité du réel, mais c’est un livre ouvert, qui se veut aussi un encouragement à de nouvelles prises de parole.


Pour autant, il est clair que de cette diversité émergent quelques traits communs significatifs, qui disent quelque chose de la réalité. Par exemple, si leur cheminement vers le voile suit des itinéraires divers (de la reproduction précoce d’une tradition familiale à une démarche plus tardive et plus solitaire, engagée en dehors ou même contre l’entourage familial, avec là encore toutes les nuances intermédiaires possibles), toutes ont à leur manière choisi leur voile. Elles l’ont fait bien sûr à partir d’un héritage et d’un environnement donnés, mais c’est le cas de tout choix. La plupart évoquent le voile imposé comme une situation réelle, mais très minoritaire en France, et toutes le condamnent – et là encore, toutes les enquêtes sociologiques le confirment : le voile forcé est bien minoritaire, et il est effectivement réprouvé par l’immense majorité des femmes musulmanes de France, voilées ou non.


Bref : nous sommes très loin de la typologie manichéenne que nous ont imposée les partisans de la loi de 2004, départageant les femmes voilées en deux groupes : une majorité silencieuse de « victimes », « forcées » de porter le voile, et une minorité agissante de « militantes », infatigables et redoutables « soldates du fascisme vert ». Au-delà de leurs différences, les femmes et les adolescentes que nous avons rencontrées ont en commun d’être un démenti vivant à ces clichés. Toutes ont choisi leur voile, et ce choix ne les empêche en rien de se réclamer de la laïcité telle qu’elle fonctionnait jusqu’à 2004 : neutralité religieuse de l’Etat, des institutions et des agents du service public, mais pas des usagers du service public ; liberté de conscience et d’expression pour tous les individus, quelles que soient leurs croyances ou incroyances. Certaines ont en la matière une véritable connaissance et citent la loi de 1905, les lois Ferry-Goblet sur la laïcité de l’école ou encore l’avis du Conseil d’Etat de 1989, tandis que d’autres formulent leur « conception de la laïcité » de manière plus intuitive, mais conforme à l’esprit de ces lois. Toutes font surtout la démonstration que, contrairement là encore à ce qui a été dit à leur sujet, elles savent sentir, observer, comprendre, raisonner, argumenter, bref : penser. C’est une évidence dira-t-on – hélas pas pour tout le monde.

Ce qui est frappant, dans les textes recueillis, c’est aussi que peu de femmes se sont étendues sur leur rapport au voile lui-même, et sur la signification qu’elles y mettent – alors que cette question faisait partie des thèmes que nous leur proposions

Sans doute est-ce, pour beaucoup, parce que leur préoccupation principale était ailleurs : témoigner de leur situation de femme stigmatisée et exclue, exprimer leurs inquiétudes et appeler à la tolérance et au dialogue, ou encore « parler un peu d’autre chose », après l’« overdose » médiatique, pour reprendre le terme de l’une d’entre elles. Mais une autre raison ressort de plusieurs textes. Certaines femmes expriment avec force la gêne, voire l’irritation que suscite chez elles cette question qui touche à l’intime et à l’indicible – ou au difficilement dicible – et plus encore la forme et les conditions dans lesquelles cette question leur est le plus souvent posée.

La leçon de ce livre, de ce point de vue, n’est certainement pas « Le foulard signifie ceci ou cela, il est porté pour telle ou telle raison » – ces réponses ne peuvent être que singulières, qui sait dans de futurs livres. La leçon est plutôt une double invitation, à la prudence intellectuelle et au tact. Prudence intellectuelle car, plusieurs auteures le soulignent, il n’est pas possible d’assigner une signification simple et unique à un choix aussi personnel. Tact car, là aussi, certaines le formulent explicitement : il y a des questions intimes et difficiles qu’on ne pose pas à brûle-pourpoint et sans précaution à des femmes qu’on vient de rencontrer, a fortiori dans un climat social où « tout ce qu’elles disent peut être retenu contre elles ».

Le point commun le plus frappant est toutefois ailleurs. C’est, présente comme un fil rouge de témoignage en témoignage, l’expérience intime de la stigmatisation. Les formes et le niveau de violence sont variables : certaines ont par exemple eu la chance d’échapper à l’exclusion scolaire ou au dévoilement forcé, d’autres pas ; mais toutes évoquent des regards agressifs ou des remarques désobligeantes – et toutes ont d’ailleurs entendu sensiblement les mêmes propos, qui peuvent se résumer à deux injonctions : « Retourne dans ton pays », et « Retourne dans ta cuisine ». Bref : le racisme et le sexisme.


Il fallait que ce soit dit. Il fallait qu’un livre offre à ces femmes un espace où cela puisse se dire, car sur ce point, les médias demeurent quasi-muets. Le contraste est même saisissant entre le tapage médiatique et les gloses interminables dont a fait l’objet « le voile à l’école » et le silence de mort qui s’est abattu sur « les voilées exclues de l’école ». Quant aux politiques, il suffit de se référer à l’idyllique bilan officiel qu’a rendu Hanifa Cherifi en septembre 2005 à propos de la loi du 15 mars 2004.


Ce rapport est un modèle d’inhumanité technocratique, qui multiplie les chiffres et les courbes sur le nombre de « cas » ou de « signes » recensés dans les écoles à différentes dates. L’auteure se réjouit de voir la courbe décliner et atteindre progressivement le niveau « zéro », et la conclusion s’impose alors d’elle-même : le bilan de la loi est positif ! Tant et si bien qu’une fois refermé cet indigent fascicule de 50 pages, nous ne savons rien, car pas une phrase n’y est consacrée, de l’état psychologique dans lequel se sont retrouvées les adolescentes « dévoilées », de la manière dont s’est déroulée leur année scolaire, de ce que sont devenues les 50 exclues et les 60 démissionnaires, sans parler des déscolarisations non comptabilisées (celles des filles qui ont renoncé à l’école sans même faire la rentrée de septembre). Nous ne savons rien non plus de la recrudescence des agressions et des discriminations contre les « mamans voilées », parfois devant leurs propres enfants, avec toutes les conséquences psychologiques que cela peut entraîner, ou plus largement contre les femmes voilées en dehors du milieu scolaire.


C’est à ces questions occultées que nous avons voulu répondre, et nous ne pouvions le faire qu’en laissant la parole aux intéressées, et en leur ouvrant un espace jusqu’alors inexistant pour raconter ce qu’elles vivaient, comment elles le ressentaient, comment elles l’analysaient, comment elles le supportaient, et comment elles y résistaient. Notre livre constitue, de ce point de vue, une utile « contre-expertise » : quelque chose comme un « livre noir » de la loi anti-voile – et plus largement de la « voilophobie » contemporaine.


Mais il n’est pas que cela. Car les femmes que nous avons rencontrées ne sont pas que des victimes. Elles-mêmes refusent d’ailleurs – souvent explicitement – de se définir comme telles, et en les lisant nous comprenons pourquoi. Ce n’est pas qu’elles ne sont pas victimes – elles le sont à l’évidence. C’est qu’une victime n’est jamais seulement une victime : toute personne subissant un préjudice puise nécessairement dans les ressources dont elle dispose pour résister et affirmer sa dignité. Adaptation, affrontement, esquive, humour, espérance : les stratégies sont diverses, et elles peuvent être combinées. De ce point de vue, ce que nous découvrons au fil des pages, ce sont des filles ou des femmes peu soutenues, qui puisent le courage de résister essentiellement en elles-mêmes, dans leur entourage proche ou dans leur religion. Ce qui frappe en effet, dans les différents récits, c’est la quasi-absence de la Justice, de l’École et des organisations progressistes traditionnelles. Le corps enseignant est sauf exceptions aux abonnés absents, les services sociaux ne sont pas toujours très compatissants, sans parler des élus locaux, des « grands intellectuels », des partis de gauche ou des associations antiracistes et de défense des droits de l’homme, absentes de la plupart des récits. Des exceptions existent bien sûr : un-e professeur-e, un-e voisin-e, un-e collègue de travail, un-e syndicaliste ou un-e militant-e associati-f-ve qui a su faire preuve d’empathie et de solidarité en actes. Mais nous sommes loin par exemple du grand – et plus que nécessaire – mouvement de solidarité qui est en train de se construire depuis quelques années autour des élèves sans-papiers.


Ce dernier constat a valeur d’interpellation, et fait de ce livre une sorte de Lettre ouverte. Les femmes qui s’y expriment ne font pas que témoigner, elles ne font pas que nous informer et nous émouvoir : elles accusent, elles analysent, et elles interpellent. Elles accusent non pas la société française dans son ensemble, mais ses dirigeants et son corps enseignant, en soulignant l’écart qui se creuse entre les idéaux proclamés de liberté, d’égalité et de fraternité et leur propre réalité vécue. Elles analysent les défaillances de cette République, leurs causes, et leurs conséquences redoutables. Enfin, elles nous interpellent, toutes et tous, en nous mettant devant nos contradictions, notre aveuglement, ou notre passivité face à l’exclusion. Même si certaines, les plus jeunes et les plus durement réprimées (celles notamment qui ont subi l’exclusion ou le dévoilement forcé à l’école), expriment de la colère, en des termes parfois vifs, toutes manifestent un enracinement profond dans la société française, et une volonté d’être des citoyennes comme les autres, traitées comme telles. Toutes expriment le désir de participer pleinement et positivement à la vie du pays, comme élèves, comme étudiantes, comme travailleuses, comme parents d’élèves, comme citoyennes. Mais toutes disent aussi se heurter à une méfiance ou une défiance épuisantes et décourageantes.


Certaines choisissent d’être « conciliantes », elles redoublent de patience et d’efforts pour se rendre utiles et agréables, d’autres choisissent de « forcer le respect » par une attitude plus combative, intransigeante sur la défense de leurs droits ; d’autres encore s’en sortent par l’humour, ou se disent tentées par le renoncement, le retour au foyer, le repli sur la communauté ou l’expatriation. Mais ce qui est frappant, c’est qu’il n’y a pas de réelle dichotomie : les femmes qui se replient ne voulaient pas le faire initialement, et celles qui luttent contre ce repli nous disent le comprendre malgré tout, et même y songer parfois pour elles mêmes. Ces dernières nous disent aussi qu’autour d’elles, beaucoup de leurs amies commencent à s’y résigner.


Rien n’est donc figé, et l’avenir dépend par conséquent de nous tou-te-s. Telle est l’interpellation que nous adressent les auteures de ce livre : il y a un choix de société à faire et à assumer. C’est à nous de dire si nous voulons vivre séparés les un-e-s des autres. C’est à nous de dire si nous acceptons qu’« au nom du peuple français », donc en notre nom à toutes et tous, une loi exclue des élèves de l’école. C’est à nous de dire si nous acceptons qu’au nom du féminisme, des femmes soient insultées, humiliées ou discriminées. C’est à nous de dire si nous acceptons qu’au nom de la laïcité et du « vivre-ensemble », une partie de la population soit ostracisée et sans cesse renvoyée à une « différence » prétendument « inassimilable ». C’est à nous de dire si nous acceptons ces logiques d’exclusion ou si nous préférons répondre à l’invitation que constitue ce livre, et que plusieurs des auteures ont expressément formulée : suspendez votre jugement, éteignez votre téléviseur, et ouvrons le dialogue.


Source : PSM


 

 


 


 

 

Finances et Islam



Imane Karich : Je suis née en 1979 à Bruxelles, j'ai effectué mes études primaires à l'école des Magnolias à Laeken, et mes secondaires à l'Athénée Emile Bockstael à Laeken toujours.

 Ensuite, je me suis inscrite à l'Institut Catholique des Hautes Etudes Commerciales (ICHEC), où j'ai obtenu une licence

en Sciences Commerciales et Financières en 2001. J'ai eu la chance de pouvoir signer mon contrat avec une grande institution bancaire en Belgique, où j'ai pu commencer un mois après l'obtention de mon diplôme.

Wafin.be: Quelle est votre fonction ?

Imane Karich : Je suis Auditeur Interne.


Wafin.be: En quoi consiste votre travail ?

Imane Karich : C'est une fonction de contrôle de l'activité des autres départements de la banque. Mon périmètre de travail est la salle des marchés, les départements de gestion du risque (risk management) et de gestion de fonds (asset management) …


Wafin.be: Vous êtes active dans l'associatif, malgré votre activité professionnelle, comment concilier les deux activités ?

Imane Karich : Ma principale activité associative découle du lien que j'ai très vite fait entre la finance d'une part, qui est le domaine principal de ma vie professionnelle, et ma foi en me spécialisant dans la finance islamique. Je suis active dans le Cercle des Etudes et Recherches en Economie Islamique (C.E.R.E.I.), avec notamment Mohamed Boulif. J'avoue que le cercle est actuellement en stand by, on se concentre surtout sur le développement de solutions financières islamiques en Belgique et en Europe en général, ce qui est assez difficile étant donné les nombreux obstacles, notamment liés au climat d'hostilité vis-à-vis de l'Islam mais surtout à la législation fiscale et immobilière belge.


Wafin.be: Contrairement au cas de la Grande Bretagne !

Imane Karich : Ils y sont arrivés en Angleterre parce que l'autorité financière leur a octroyé ce qu'on appelle un " ruling ", c'est-à-dire une exception dans la loi, obtenue grâce à de longues années de pression et de lobbying de la part de la communauté musulmane locale. Auparavant, le système était aussi très peu développé parce que les obligations fiscales rendaient ces produits inaccessibles aux clients. Le problème réside dans le fait qu'aujourd'hui, l'application telle quelle des produits financiers islamiques sur le territoire belge est rendue difficile par l'obligation de payer deux fois les droits d'enregistrement (puisqu'il y a achat et puis vente), ce qui vient accroître le prix pour les musulmans, ce qui n'est pas concevable !


Wafin.be: Vous êtes l'auteur de deux livres sur la finance islamique, quel est le but de la publication de ces livres ? Sachant que le second livre a été édité dans un souci de vulgarisation de ce thème pour la communauté musulmane et les lecteurs intéressés par la finance islamique.

Imane Karich : En fait, lorsque j'étais à l'ICHEC, je voulais réaliser mon mémoire sur les banques islamiques. Comme promoteur de mon sujet, on m'a proposé mon professeur de droit fiscal, qui était à l'époque l'auditeur général de la banque dans laquelle je travaille actuellement. C'est également par son intercession que je suis entrée dans la banque. Il dirige aussi une publication aux éditions De Boeck, "Les Cahiers Financiers". Après la présentation de mon mémoire, il m'a demandé de l'améliorer pour pouvoir l'éditer. C'était donc la naissance de mon premier livre en 2002, intitulé Le Système Financier Islamique, de la Religion à la Banque. Ce premier livre est un livre très académique, le public cible était plutôt les universitaires, en vue de promouvoir la finance islamique auprès d'un public non-musulman. Ensuite, j'ai été approchée par le responsable des éditions "Le Savoir" qui m'a demandé de vulgariser le sujet afin de toucher un public plus large. J'ai donc essayé de répondre à des questions clefs qui reviennent souvent : comment acheter une maison ? Est-ce qu'une assurance est halal ou pas ? Peut-on investir tout en restant conforme aux principes islamiques ?, etc.


Wafin.be: Est-ce que la finance islamique est compatible avec ce que nous vivons ici en Europe ?

Imane Karich : Dire le contraire reviendrait à dire que Dieu n'a pas pensé à cet aspect de notre vie qui est primordial, ce qui est absurde ! Bien sûr que c'est faisable et l'offre existante de tels produits pour les musulmans dans la plupart des pays musulmans et non musulmans les pays non musulmans (Etats-Unis, Grande-Bretagne et Canada) prouvent le contraire. Par contre, en Europe continentale, le système est encore très peu développé, bien qu'il existe des tentatives de développement en France, en Belgique et aux Pays-Bas.


Wafin.be: Qu'entendez-vous par halal ?

Imane Karich : L'intérêt se définit comme le prix pour la vente ou l'achat d'argent. Acheter l'argent et dire que l'intérêt est son prix c'est ce qui est interdit. En Islam, l'argent ne possède que deux fonctions :

  1. Un moyen d'échange
  2. Une unité de mesure.

On ne peut pas dire que l'argent en soit est un bien qui possède une valeur intrinsèque, on ne peut pas dire que 100 euros équivaut à 110 euros pour une question de temps ou de sacrifice, ou quoi que ce soit ! C'est à partir de la compréhension de cette notion d'argent en Islam que l'on comprend mieux l'interdiction des différents crédits.

En Islam, l'achat immobilier s'effectue par différents moyens. Les plus populaires sont: El Ijara, qui correspond au leasing immobilier à quelques différences près : on loue au client la maison, et à la fin d'une certaine période convenue dès le départ, il devient propriétaire de la maison ; Celui qui donne à louer reste propriétaire jusqu'à la fin de la location et garde donc les responsabilités qui incombent à un propriétaire. Le deuxième produit qui est offert est la Mourabaha, la banque achète la maison au prix actuel et la revend au client à un prix plus élevé, avec une certaine marge. Ensuite, elle accorde au client une certaine période de remboursement, également fixée à la signature du contrat. Il s'agit dans ce cas d'un simple geste commercial, comme si un commerçant achète une voiture à un prix et la revend à un prix plus élevé.


Wafin.be: En clair le riba (l'intérêt) est haram (illicite) aux yeux de l'Islam ?

Imane Karich : Personne ne dit que ce n'est pas illicite! Dans les fatwa (avis juridiques religieux) éditées qui l'autorise, les savants ne la rendent pas " licite " mais suspendent l'interdiction en cas de nécessité, ce que l'on appelle " daroura ". L'acceptation ou non de ces fatwas dépend de ce que l'on entend par nécessité et c'est sur cette définition que les avis divergent.


Wafin.be: Où en est-on actuellement en Belgique par rapport à l'application de la finance islamique en Belgique ?

Imane Karich : Pour l'instant j'accompagne le C.E.R.E.I., avec notamment Mohamed Boulif qui travaille au sein d'une société basée en Belgique qui s'appelle El Maalya, qui travaille de façon professionnelle sur ce sujet. Nous continuons à prendre des contacts ici et là, à essayer de convaincre les autorités, à continuer à étudier la question d'un point de vue juridique afin de trouver une solution acceptable. Nous avons deux problèmes : un problème de temps, et un problème de ressources, nous n'avons pas beaucoup de personnes capables de comprendre ce système, de s'engager et sacrifier du temps sur ce sujet, nous sommes tout au plus 4 à y travailler à titre bénévole.


Wafin.be: Revenons à votre travail au sein de l'institution bancaire belge, le port du foulard n'a pas été une entrave à votre vie professionnelle ?

Imane Karich : Je n'ai jamais eu de gros obstacles, ça ne m'a jamais empêché de faire quoique ce soit au sein de la banque ! J'ai évolué, j'ai eu des promotions (Merci à Dieu), j'ai voyagé un peu partout dans le cadre de mon travail. La fonction en elle-même n'est pas facile quand on est une femme, et elle est encore moins facile quand on est une femme marocaine musulmane qui porte le foulard. J'ai eu des petites remarques, mais pas à moi directement, on me les rapporte toujours mais je n'en tiens pas compte du tout. Je ne me suis jamais vue refuser l'entrée dans quoi que ce soit … Il y a deux conditions qui sont indispensables pour trouver un travail : décrocher un diplôme valable afin de posséder toutes les compétences nécessaires, surtout au niveau linguistique et surtout ne pas se mettre en position de faiblesse en en faisant nous-même un problème. Sans vouloir minimiser la difficulté que peuvent rencontrer certaines dans cette recherche d'emploi, on a souvent une certaine tendance à s'autoalièner. La confiance en soi, en ses compétences et surtout en Dieu font tomber énormément de barrières. Je ne suis pas la seule, j'ai des amies qui ont achevé leurs études, qui ont travaillé dur pour obtenir les compétences qu'il fallait, et qui travaille aujourd'hui avec leur foulard.


Wafin.be: Vous observez l'évolution de la communauté marocaine en Belgique, vous faites vous-mêmes partie de la deuxième génération, voire de la troisième génération, qu'en pensez-vous ?

Imane Karich : Elle ne se porte pas si bien, même si je reste optimiste. Je trouve qu'on est parfois sclérosé par des idées reçues, on s'attarde sur des sujets très peu importants et on oublie l'essentiel, on oublie de grands messages que le Prophète (Paix et Salut soient sur lui), comme le Hadith où il dit que les musulmans sont comme une pluie bénéfique, où ils tombent ils sont utiles. Aujourd'hui, on constate que l'on est loin du compte, nous sommes plus une charge pour le reste de la société, le taux de chômage reste assez élevé. Mais peu de gens y voient un réel problème, c'est même devenu normal de ne pas travailler. Alors que la participation de la communauté au sein de la société est fondamentale pour son élévation!

Il existe deux choses qui peuvent aider à améliorer la situation: la première c'est que la communauté reprenne enfin la maîtrise de sa propre image. Il ne faut plus laisser les médias parler à notre place sur notre propre situation et ensuite s'étonner que notre image reste extrêment négative. Il faut que la communauté musulmane développe sa propre stratégie de communication, afin de pouvoir répondre elle-même lors d'événements qui imprègnent l'actualité, qu'elle puisse se positionner clairement face à des événements qui arrivent dans le monde, au lieu de se laisser stigmatiser et ensuite de se plaindre des conséquences de son silence. Je suis persuadée que la communauté musulmane possède un potentiel très fort, économique entre autres, mais ce poids est aujourd'hui encore loin d'être cohérent et unifié ; le jour où ce poids économique sera visible, cela résoudra énormément de problèmes. Le jour où la communauté musulmane sera un réel groupe de pression, elle pourra vraiment changer les choses ! On voit comment fonctionnent les autres groupes de pression, qu'ils soient professionnels, religieux ou autres, ils empêchent l'adoption de lois, ils suscitent des décisions au niveau politique en leur faveur ; le jour où cela sera possible pour la communauté musulmane, les choses vont s'améliorer. C'est également un sujet sur lequel je travaille avec d'autres personnes de la communauté.


Wafin.be: Le mot de la fin ?

Imane Karich : Il existe deux catégories de personnes dans le monde : ceux qui sont les causes et ceux qui sont les effets. Pour l'instant, 99 % des musulmans sont encore les effets, ils sont réactifs à ce que d'autres font et non proactifs. Il est temps que la communauté musulmane devienne la cause de sa propre vie et qu'elle contribue à l'amélioration du vivre ensemble.


Source : Wafin.be