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Le pape ou le Coran
Je vous fait suivre un message reçu en ce jour,
"Je ne sais pas si vous avez eu le temps de remarquer dans l'actualité
d'aujourd'hui (à l'ouverture de la bourse ce matin) la faillite de Lehman
Brothers, ni si vous vous rendez compte de la dimension historique de
l'évènement. Cette banque était jusqu'à aujourd'hui une des plus importantes
banques d'affaires américaines, née en 1850 elle avait pourtant survécue à la
crise de 1929! c'est vous dire si la crise d'aujourd'hui est inquiétante...et à
se demander qui survivra à ce cataclysme économique dont les conséquences sont
mondiales (tout le système financier étant lié)...Voilà, concernant la crise
économique actuelle, ce qu'on pouvait lire en début de semaine dans l'avant
propos de la revue économique de référence : Challenges...cela vaut le coup
d'oeil, rien que pour cette petite perle que je n'aurais jamais imaginé lire
dans le premier magazine économique : "c'est plutôt le Coran qu'il faut relire
que les textes pontificaux. Car si nos banquiers, avides de rentabilité sur
fonds propres, avaient respecté un tant soit peu la charia, nous n'en serions
pas là."
pour ceux qui ont trois minutes, bonne lecture !"
Challenges, 11 septembre 2008
André Comte-Sponville, philosophe, nous l'a redit à satiété :
le capitalisme ne peut pas être moral, ni contre la morale. Il est tout
simplement amoral. L'économie et la morale relevant, au sens pascalien, de deux
ordres différents, tenter de conjuguer les deux ensemble relève du «barbarisme»,
rappelle l'auteur de l'excellent essai Le capitalisme est-il moral ? (éditions
Albin Michel). Mais même pour ceux qui ne croient pas à l'ordre divin, quelle
tentation, au moment où le pape est en visite en France, de chercher quelques
repères sur l'économie dans les textes du Vatican.Notre chroniqueur Robert
Rochefort, qui cache derrière ses fonctions de directeur du Crédoc un
attachement à la tradition des chrétiens sociaux, n'a pourtant rien trouvé de
très récent en provenance de Rome (lire page 61). Rien en tout cas de très
important depuis 1991, quand Jean-Paul II s'était essayé à l'économie dans son
encyclique Centesimus annus, et qu'il y avait donné une justification du profit
du bout de la crosse : la pierre angulaire du capitalisme y était reconnue tout
au plus «comme un bon indicateur du fonctionnement de l'entreprise».En réalité,
et Benoît XVI nous pardonnera, au moment où nous traversons une crise financière
qui balaie tous les indices de croissance sur son passage, c'est plutôt le Coran
qu'il faut relire que les textes pontificaux. Car si nos banquiers, avides de
rentabilité sur fonds propres, avaient respecté un tant soit peu la charia, nous
n'en serions pas là. Il ne faut pourtant pas voir la finance islamique comme un
exercice de troc moyenâgeux, car les pays du Golfe nous ont montré combien leur
mentalité entrepreneuriale savait épouser le XXIe siècle. Simplement, leurs
banquiers ne transigent pas sur un principe sacré : l'argent ne doit pas
produire de l'argent. La traduction de cet engagement est simple : tout crédit
doit avoir en face un actif bien identifié. Interdits, les produits toxiques;
oubliés, les ABS et CDO que personne n'est capable de comprendre. Autrement dit,
l'argent ne peut être utilisé que pour financer l'économie réelle. Il n'y a donc
pas de hasard : si les banques du Golfe sont sorties indemnes de la crise du
subprime, c'est qu'elles n'y sont pas entrées. Le respect de ce principe du
Coran est également fort utile dans la relation que chacun entretient avec
l'argent, qu'il s'agisse des entreprises ou des particuliers : les personnes
morales n'ont ainsi pas le droit de s'endetter au-delà de leur capitalisation
boursière; quant aux personnes physiques, elles ne peuvent de facto souffrir de
surendettement. Voilà des règles qui ne peuvent pas nuire. Et même si elles
reposent sur un texte qui date du VIIe siècle, Benoît XVI aura du mal à faire
des sermons davantage puisés dans l'actualité.Beaufils Vincent
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